Entre poésie des enfers et passion pour le mérou : plongée dans l'Opus Archive
Bienvenue dans l'Opus Archive, un cabinet de curiosités textuelles où les vers romantiques côtoient des considérations très arrêtées sur la cuisson du poisson.

Sur le réseau Tor, il arrive parfois de tomber sur des projets littéraires qui prennent leur mission un tout petit peu trop au sérieux. L'Opus Archive, signé par un auteur ermite nommé Xenine, en est le parfait spécimen. Entre deux sélections de poésie naturaliste et des complaintes inspirées par les abysses ténébreux, le site nous offre une plongée inattendue dans la psyché d'un esthète radical qui vit en « mode isolation totale ». Point de réseaux sociaux centralisés ici, mais un goût prononcé pour Goethe, Friedrich Hölderlin et les claviers mécaniques HHKB posés à côté de pierres jurassiennes.
Mais le véritable sel de cette anthologie réside dans les digressions gastronomiques de son créateur. Dans une section biographique aussi inattendue qu'hypnotique, l'auteur nous explique son aversion absolue pour le poisson surgelé et les filets de supermarché, qu'il juge « super cringe ». Pour trouver grace à ses yeux, le spécimen marin doit être vivant, idéalement un mérou, préparé selon les traditions culinaires du Fujian ou du Chaoshan. On y apprend ainsi que déguster une omelette aux huîtres procure des « devenirs historiques et humains » comparables à des partitions de musique spectrale.
Le tout baigne dans une esthétique de site personnel d'un autre âge, doublée de mises en garde très strictes interdisant toute capture d'écran sur des plateformes censurées. L'auteur y exprime d'ailleurs ses deux seuls sentiments véritables : le regret et la colère face au monde profane. Un régal d'excentricité lettrée, parfaitement inoffensif, qui nous rappelle que les recoins les plus cryptiques du Web abritent parfois de preux chevaliers solitaires, larmes aux yeux et cristaux magiques à la main, en train de philosopher sur un plateau de fruits de mer.

