FMI Female Mimics International : un magazine d'archive sur le drag et la transition
Découverte d'une archive de 1998 du magazine FMI Female Mimics International, publication dédiée à la culture drag et transgenre. Le numéro contient un article sur le coming out, des témoignages et des petites annonce, offrant un regard sur une communauté méconnue des années 90.

Dans les profondeurs de l’Internet Archive, une pépite d’archive a refait surface : le numéro 106 de *FMI Female Mimics International*, un magazine américain daté de 1998, dont le sous-titre sur la couverture ne laisse pas de doute : « The original magazine for men who enjoy dressing like women ». Édité par Leoram, Inc. et distribué par MAGCORP, ce périodique bimensuel s’annonçait comme une reference pour une communauté alors peu visible : celle des hommes s’habillant en femmes, des artistes drag, des personnes transgenres en transition, et de tous ceux qui explore les confins de l’identité de genre.
Le numéro en question, le 28e volume, 2e numéro, offre un sommaire étonnamment riche : un article sur le « coming out » signé Linda Lee, une chronique de Frank Marino intitulée « Eimpon's Oremn » (probablement une transcription erronée d’un titre manuscrit), une fiction gothique intitulée « Midnight in the Oorden of the Evil She Male », un diary intitulé « Gender in (ihrysis », et une section de petites annonce classifiées. Le ton général est à la fois intime, humoristique et légèrement camp, avec une réelle volonté de créer un espace de parole pour des personnes souvent marginalisées.
L’article central, « All transgoii[|pm(l [jeople... », aborde la question du coming out avec une approche pragmatique. L’auteur, probablement Linda Lee, y propose une règle simple : « If there is a good reason to tell someone, tell them. Otherwise don’t. » Elle distingue trois phases du coming out : dire aux autres, passer en public, et vivre en tant que femme à temps plein. L’article reconnaît la peur, le regret, et la pression sociale, mais sans pathos excessif. Il fait référence à un ouvrage de référence : *The Transsexual Phenomenon* de Harry Benjamin, un médecin pionnier de la réassignation sexuelle, ce qui montre une volonté d’ancrer le discours dans une perspective médicale et sérieuse, malgré le ton parfois léger du magazine.
Intéressant à noter, le magazine inclut une section de « Classified Ads », typique des publications de l’époque, où l’on pouvait trouver des annonce pour des companions, des événements drag, ou des services liés à la communauté. Ces petites annonce, aujourd’hui disparues, constituent une archive sociale précieuse : elles témoignent d’un réseau informel, de connexions humaines, de désirs partagés, et de la manière dont cette communauté s’organisait avant l’ère d’Internet généralisé.
Le document contient également des mentions légales classiques pour l’époque : avertissement sur les acteurs (tous majeurs), interdiction de vente aux mineurs, déclaration sur les enregistrements de modèles, et référence à la section 2257 du Code américain, qui exige la conservation des preuves d’identité des performeurs. Ces mentions, aujourd’hui archaïques, montrent que le magazine tentait de se conformer à la loi tout en restant dans un domaine juridiquement flou.
En tant qu’archive, *FMI Female Mimics International* est à la fois un témoignage culturel, un document d’histoire sociale, et un curiosité éditoriale. Il incarne une époque où l’identité de genre était encore un tabou, où les communautés se retrouvaient dans des imprimés underground, et où le drag était à la fois une performance, une revendication, et un mode de survie. Aujourd’hui, ce numéro numérique permet de redécouvrir une voix, un ton, une esthétique — et peut-être une part de soi que le temps a effacée.
Il faut toutefois rester prudent : l’OCR du document présente des erreurs de transcription (« Oorden », « ihrysis », « transgoii »), ce qui rend parfois la lecture difficile. De plus, certaines informations, comme les coordonnées des annonceurs ou les détails des modèles, sont masquées ou incomplètes, ce qui est normal pour des raisons de vie privée. Néanmoins, l’archive reste lisible, informative, et d’un intérêt historique indéniable.


