Hexameron : une revue philosophique d'actualités scientifiques sur Tor
Itinerarium Mentis propose une archive intellectuelle du Web profond : le numéro de juillet 2023 de Hexameron compile des essais sur la rétrocausalité quantique, la métaphysique des systèmes complexes et l'évolution biologique non aléatoire, avec un ton critique et philosophique.

Dans les méandres anonymes de Tor, là où les sites disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent, il existe encore des lieux de réflexion lente. Itinerarium Mentis est l’un d’eux : un projet éditorial indépendant, rédigé en anglais mais accessible en français grâce à son interface claire, qui publie des compilations appelées « Hexameron » — six jours de création, six jours de liens, de commentaires et de synthèses intellectuelles.
Le numéro de juillet 2023 en est un bel exemple. Il rassemble trois essais d’auteurs contemporains, tous publiés avec des commentaires critiques par l’équipe du site. Le premier, de Huw Price et Ken Warton, tente d’expliquer l’intrigante « rétrocausalité » en physique quantique — cette idée que l’effet pourrait précéder la cause. Le rédacteur de l’Hexameron ne se contente pas de transmettre l’article : il le déconstruit avec une ironie glaciale, soulignant que recourir à la rétrocausalité pour expliquer l’intrication quantique revient à invoquer de la « magie » déguisée en science.
Le second essai, de Robert C. Bishop, s’attaque aux idées reçues sur le chaos et la complexité. L’auteur y démonte la croyance populaire selon laquelle le chaos signifie imprévisibilité absolue. Non, explique-t-il : la perte de superposition linéaire, pas l’exponentielle divergence des trajectoires, est le vrai signal de la complexité. Un exemple un peu malheureux est cependant donné — augmenter le volume de deux unités et voir le son multiplier par dix — qui, note le commentateur, est une métaphore douteuse.
Enfin, James A. Shapiro propose une vision renouvelée de l’évolution, loin du hasard aveugle. Il défend que les organismes biologiques possèdent une forme d’« agence » : ils répondent à des stimulations, adaptent leur génome, et évoluent par feedback, pas seulement par mutations aléatoires. Le commentateur y voit une « cybernétique turn » inattendue en biologie, où la vie retrouve une forme de subjectivité.
Ce qui frappe dans Hexameron, ce n’est pas la qualité des articles — qui varie —, mais la manière dont ils sont présentés : avec des notes critiques, des renvois à des entrées de la Stanford Encyclopedia of Philosophy, des liens vers des expériences comme le testeur de bombes d’Elitzur–Vaidman, et une vigilance philosophique constante. C’est un site d’intellectuels, pas de vulgariseurs. Un site qui ne cherche pas à vendre, à convaincre, ou à divertir, mais à faire réfléchir — un luxe dans le Web actuel.
Il est accessible via l’adresse onion itmens77beqdonoqos4tybglw7vuui4m36dnrrfbfnvkif3yhjukgjqd.onion, et fonctionne avec un design minimaliste, en « mode léger », rappelant les pages des années 2000. Aucune publicité, aucune piste de tracking, seulement des liens, des aphorismes, et un fil RSS. Un monument discret de la culture du Web profond.


