La liste infinie de Jeff : le site personnel qui catalogue toute sa vie numérique
Bienvenue sur la vitrine numérique de Jeff Cliff, un inventaire à la Prévert version open source où l'on croise des pétitions canadiennes et des centaines de lignes de code. Quand l'autosuggestion technologique rencontre le minimalisme le plus total.

Sur le réseau Tor, il arrive parfois de tomber sur des vitrines personnelles tout droit sorties d'une époque où l'Internet tenait sur un timbre-poste. Le site de Jeff Cliff en est le parfait ambassadeur. D'emblée, le ton est donné : une interface d'une sobriété clinique, conçue pour être vue dans le navigateur idoine, et une promesse simple mais vertigineuse, celle de pénétrer dans le cerveau numérique d'un développeur qui ne sait visiblement pas s'arrêter.
Au fil des rubriques, la curiosité cède vite la place à l'ébahissement devant la liste interminable des projets passés, présents ou en pause depuis la pandémie. Entre l'apprentissage de l'analyse de Fourier, la lecture studieuse des écrits d'Alan Turing et la tentative héroïque de faire fonctionner Ethereum ou de botter les miches de Cloudflare avec un projet dédié, Jeff documente tout. On y trouve également des liens vers des pétitions politiques locales et des documents divers, témoignant d'une vie hors-clavier bien remplie.
Mais le véritable morceau de bravoure réside dans sa gigantesque nomenclature de modules et de paquets maintenus en dehors des jardins clos de Microsoft ou de la NSA. La page aligne des centaines de noms de projets de code, de correctifs et de dépendances, avec parfois un statut nostalgique précisant que le module a depuis intégré Debian. C'est précis, c'est brut, et c'est surtout d'une honnêteté désarmante.
Ce site ne révolutionnera pas la géopolitique mondiale et ne prétend d'ailleurs pas le faire. Il offre simplement une plongée réjouissante dans l'art du projet personnel obsessionnel, où un passionné étale sans filtre sa to-do list géante sous les yeux ébahis du passant égaré. Une belle leçon de transparence numérique, aussi fascinante qu'inutile pour le commun des mortels.


