La mémoire vivante des vieilles conventions de hackers se terre dans un coin
L'association d'archivage InfoCon compile méthodiquement des décennies de conférences et de podcasts dédiés à la sécurité informatique. Une gigantesque bibliothèque numérique pour archéologues du numérique curieux.

Dans les recoins discrets du réseau Tor, on tombe parfois sur des projets d'utilité publique qui fleurent bon le pragmatisme geek et la conservation méthodique. La plateforme InfoCon s'impose comme une capsule temporelle monumentale, consacrée entièrement à la sauvegarde de la mémoire des conventions et colloques liés à la sécurité informatique. Loin des fantasmes de super-criminels, c'est surtout un immense entrepôt de données textuelles et audiovisuelles qui documente l'histoire technique des vingt dernières années.
En parcourant l'index des répertoires et des flux RSS mis à disposition par les administrateurs, le visiteur découvre une organisation quasi muséale. Des dossiers thématiques répertorient des enregistrements de conférences, des podcasts spécialisés ou encore des tutoriels vidéo axés sur des compétences techniques précises. Le projet se revendique explicitement comme non commercial et soutenu par sa communauté, loin de toute agitation lucrative ou de la moindre piraterie active.
Ce qui amuse particulièrement au Courrier de l'Oignon, c'est ce contraste permanent entre le canal d'accès crypté et l'extrême banalité académique du contenu. On s'attendrait presque à croiser des plans secrets pour dominer le monde, et l'on tombe à la place sur une arborescence de fichiers qui rappelle le serveur FTP un peu trop ordonné d'une université américaine des années 2000. Les futurs documentaires et listes de mots de passe annoncés achèvent de donner à l'ensemble un charme légèrement rétro, à mi-chemin entre le cabinet de curiosités et la bibliothèque municipale de secours.
Cette initiative témoigne en tout cas d'un travail de fourmi salutaire pour éviter que l'histoire technique du Web ne parte en fumée au premier changement de serveur. Pour les amateurs d'archéologie numérique et de longues conférences techniques aux diaporamas jaunis, c'est une mine d'or aussi austère que fascinante. Le Courrier de l'Oignon salue bien bas ces bibliothécaires de l'ombre qui classent consciencieusement le chaos du monde, un octet après l'autre.


