Lacan, Poincaré et la loi du dimanche : une correction savoureuse
Un blogueur indépendant démontre avec précision comment Jacques Lacan a mal interprété Henri Poincaré dans *Le Triomphe de la religion*, confondant une analyse conventionnelle avec un rejet dogmatique de l’évolution des lois.

Dans son ouvrage *Le Triomphe de la religion*, Jacques Lacan fait une curieuse aside sur Henri Poincaré, le grand mathématicien français, qu’il accuse d’être « inflexible » face à l’idée que les lois de la nature pourraient évoluer. Le site *Itinerarium Mentis*, accessible via le réseau Tor, a consacré un essai savoureux à dénoncer cette erreur philosophique — et la ténacité avec laquelle certains lacaniens la répètent comme une vérité.
L’auteur du blog, en se basant sur les textes originaux de Poincaré — notamment son dernier essai *Mathématiques et science* — montre que le mathématicien n’interdisait pas l’évolution des lois, mais expliquait pourquoi une science qui postule l’immuabilité des lois ne peut pas, par définition, détecter leur changement. C’est une analyse épistémologique, pas un dogme. Poincaré, conventionaliste convaincu, voyait les lois comme des conventions utiles, non comme des entités métaphysiques.
L’auteur du site va plus loin : il accuse Lacan d’avoir lu Poincaré à travers le prisme de sa propre structure théorique, sans comprendre la nuance. Et pire, il note que des chercheurs en lacanisme, comme Samo Tomšič, répètent cette erreur sans vérification, créant ainsi une tradition de fausses citations savantes.
Ce qu’on retrouve sur *Itinerarium Mentis*, c’est une espèce de correction historique au ton ironique, mais rigoureusement documentée. Le site fait partie de ces perles du Web anonyme : un blog indépendant, rédigé dans un français soutenu mêlé d’anglais, qui mélange épistémologie, histoire des sciences et critique de la psychoanalyse. Son existence même, dans l’ombre de Tor, ajoute une couche d’ironie : c’est depuis un site discret, presque oublié, que l’on corrige les abus de langage d’une figure intellectuelle majeure.
L’article est à la fois une leçon de méthode scientifique et une satire douce-amère des intellectuels qui préfèrent la théorie à la vérification. Il rappelle, si nécessaire, que même les plus grands peuvent se tromper — et que la mémoire, même la plus structurée, peut faire des siennes.


