Le revenant de la pellicule : quand le comte Orlok refuse d'aller au pilon
Le Courrier de l'Oignon déterre une version miraculeusement rescapée du chef-d'œuvre de Murnau. Une résurrection cinématographique qui donne des sueurs froides aux exécuteurs testamentaires.

Il y a des revenants qu'on préférerait ne jamais croiser dans une sombre ruelle obscure. Prenez donc le vénérable comte Orlok, créature au charme vaporeux et aux canines proéminentes, qui s'obstine à hanter les écrans malgré les meilleurs efforts de la justice du début du vingtième siècle. Une archive numérique mise à disposition du public nous rappelle que ce bon vieux Nosferatu aurait dû disparaître en fumée suite aux acharnements judiciaires de la veuve de Bram Stoker, bien décidée à éradiquer cette adaptation non autorisée de Dracula.
Heureusement pour les amateurs de frissons rétro, la persistance réticulaire du réseau a prouvé que les vieux démons ont la vie dure. La page en question propose ainsi de visionner une version de plus de quatre-vingt-dix minutes, joliment teintée, qui surclasse les copies fatiguées habituellement échouées sur les rives du web. On y suit les péripéties immobilières du malheureux agent Hutter, envoyé vendre une bicoque au lugubre seigneur des Carpates sans se douter que le voisinage s'annonce un tantinet pestilentiel.
Entre deux considérations sur la qualité discutable de la bande sonore et la silhouette inoubliable de l'acteur Max Schreck, l'internaute curieux peut ainsi revisiter les cinq actes de cette symphonie macabre. C'est l'occasion rêvée de friser l'angoisse esthétique tout en saluant la mémoire des pirates de l'époque qui ont sauvé les pellicules de la destruction. Comme quoi, même au royaume des ombres, un bon procès ne suffit pas toujours à terrasser un vampire motivé.


