Quand George Bernard Shaw réécrivait Shakespeare entre deux miches de beurre néo-zélandais
Le Courrier de l'Oignon fouille dans les archives de 1937 pour y découvrir George Bernard Shaw réglant ses comptes avec Shakespeare, juste à côté d'une réclame pour du beurre. Une cohabitation journalistique tout à fait charmante.

Plonger dans les profondeurs de nos archives secrètes nous réserve parfois de curieuses surprises géographiques et temporelles. Daté du 31 décembre 1937, le vénérable *Hong Kong Telegraph* nous offre un panorama absolument fascinant de ce qui passionnait les lecteurs asiatiques de l'époque, entre grands bouleversements géopolitiques et considérations culinaires d'une impérieuse nécessité.
Au beau milieu des colonnes, le truculent George Bernard Shaw s'écharpe avec un journaliste qui a l'audace de trouver son adaptation de *Cymbeline* un tantinet burlesque. Notre dramaturge bougon y explique, avec tout le sérieux du monde, qu'il s'est simplement contenté d'améliorer un Shakespeare qu'il jugeait passablement ennuyeux dans son dernier acte. Un brin de modestie qui fait toujours plaisir à lire, surtout lorsqu'il est flanqué d'un article sur une amibe vedette filmée par le professeur Julian Huxley pour l'édification des foules.
Mais le véritable sel de cette page d'outre-tombe réside dans ses encarts commerciaux, témoins d'une époque où le consommateur de Hong Kong aimait planifier son début d'année avec méthode. Une petite annonce nous apprend ainsi que le grand magasin local fermera ses portes le 1er janvier pour cause de réveillon, mais rouvrira sagement dès le lendemain à treize heures, pendant que le *Cafe de Luxe* continuera de servir son menu spécial du Nouvel An pour tout juste un dollar la portion.
Juste en dessous, le beurre de Nouvelle-Zélande de la marque Anchor nous rappelle vertueusement qu'il bénéficie d'une surveillance gouvernementale stricte pour garantir une pureté inégalée. On ne sait pas si George Bernard Shaw tartinait ses toasts avec cette même exigence de qualité, mais l'ensemble compose une fresque délicieusement incongrue. De quoi regretter amèrement que nos quotidiens actuels manquent cruellement d'amibes sous-marines et de polémiques élisabéthaines entre deux mottes de beurre.


