Quand George Romero oubliait de protéger ses goules
Le Courrier de l'Oignon fouille les archives du Web sombre et exhume la bévue légendaire qui offrit les zombies de Romero au domaine public. Une aubaine pour les amateurs de frissons sans le sou.

Sur les recoins les plus surprenants du réseau Tor, on ne déniche pas seulement des conspirations de comptoir ou des manuels de tricot quantique. Parfois, la sérendipité numérique nous ramène aux fondamentaux de la culture pop. C'est ainsi que nos radars ont capté une relique filmique de première bourre : le chef-d'œuvre inaugural de George A. Romero, « Night of the Living Dead », mis en ligne dans sa version brute et dans plusieurs formats remasterisés. Une découverte qui fleure bon le formol et la nostalgie cathodique de fin de soirée.
L'histoire de cette diffusion gratuite réside dans un raté administratif délicieux qui fait la joie des juristes distraits depuis des décennies. En 1968, la société de production Image Ten commet l'impair fatal en omettant d'inclure un avis de copyright en bonne et due forme sur ses copies initiales. Résultat des courses : le film bascule immédiatement dans le domaine public selon la législation de l'époque. Les goules cannibales se retrouvent ainsi propulsées dans la nature juridique, sans protection ni redevance, prêtes à être projetées sur tous les écrans cathodiques de seconde zone de la planète.
La page repérée propose aux curieux une sélection de trois copies différentes de ce classique immortel. On y trouve le master vidéo brut et non retouché, celui-là même qui a hanté les télévisions locales tard dans la nuit pendant des lustres, une version HD astucieusement nettoyée, ainsi qu'une rareté au format panoramique international. Une véritable caverne d'Ali Baba pour les cinéphiles gothiques en quête d'authenticité argentique et de pixels d'époque.
Le Courrier de l'Oignon salue cette générosité involontaire qui permit à des générations de spectateurs fauchés de friser la crise cardiaque à l'œil. C'est tout de même rassurant de voir que la grande faucheuse du droit d'auteur peut parfois oublier ses propres règles au profit du divertissement universel. Nul besoin de pacte avec le diable pour revoir Duane Jones échapper aux morts-vivants : il suffit de fouiller dans les cartons poussiéreux de l'internet mondial.


