Quand la CIA butait sur un génie du papier d'aluminium
Plongée dans une archive déclassifiée de la CIA en 1980, qui raconte le journal excentrique d'un polyglotte anti-ondes. Un régal d'outre-temps.

Il y a des découvertes qui laissent pantois, surtout lorsqu'elles proviennent des salles de lecture de la vénérable CIA. Dans un document déclassifié datant de février 1980, on y découvre l'histoire d'un immigrant russe fraîchement débarqué à New York, qui tombe par hasard dans le métro sur un journal excentrique intitulé l'Independent Citizen. Ce périodique d'un genre unique était entièrement dévoué à un homme hors du commun : Arthur Johnson.
L'article d'origine, signé par le New York Daily News et conservé précieusement par les services secrets américains, dresse le portrait sidérant de ce personnage. Polyglotte accompli maîtrisant une ribambelle de langues, expert en écologie urbaine et en herboristerie, Johnson s'était surtout illustré en protégeant son studio new-yorkais des prétendues attaques de micro-ondes de la CIA en tapissant ses murs de papier d'aluminium. Le journal n'oubliait pas de documenter ses passions plus terre à terre, comme la construction minutieuse d'une litière en bois pour son chat, nettoyée deux fois par jour.
Mais le clou du spectacle résidait dans les pages finales, constituant une anthologie de petites annonces pour le moins singulières. Pour la modique somme d'un dollar américain, Arthur s'y improvisait conférencier sur l'avenir de la démocratie, tout en réclamant un covoiturage pour Washington. On y trouvait également l'engagement solennel de ne point écrire de livre sur ses démêlés avec les services secrets à moins de recevoir une pétition signée par dix mille admirateurs.
Face à cette lecture pour le moins dépaysante, l'immigrant russe en resta coi, s'interrogeant sur la nature profonde de la liberté américaine. Son hôte new-yorkais lui expliqua simplement qu'à condition de ne blesser personne, chacun était libre de publier ses lubies. Une belle leçon de journalisme d'outre-tombe, où le simple fait d'imprimer ses excentricités tenait lieu de grand écart démocratique.


