Quand le Coran rencontre le référencement naturel le plus absurde
Plongée dans les archives du Web où un simple fichier audio se retrouve cerné par des centaines de mots-clés sans queue ni tête. Le grand art du référencement à l'ancienne.

Le réseau Tor regorge parfois de paires de lunettes temporelles qui nous ramœnent tout droit aux heures les plus poétiques des débuts d'Internet. L'Internet Archive, ce vénérable musée des horreurs numériques que l'on croise parfois au détour d'un pont onion, cache des pépites d'une beauté naïve saisissante. Prenez par exemple cette magnifique page dédiée à une récitation coranique par Ahmad Saed, mise en ligne par un certain Kaze Kate. Jusque-là, rien que de très spirituel et de parfaitement réglementaire.
Mais c'est en bas de page que le génie incompris de l'optimisation pour moteurs de recherche s'exprime dans toute sa splendeur. Les auteurs ont cru bon d'ajouter une liste de mots-clés longue comme un jour sans pain, brassant des thèmes d'une surprenante éclectisme. On y croise pêle-mêle des requêtes sur la traduction du texte sacré, des interrogations sur la science, des comparaisons bibliques, mais aussi, mystère insondable des algorithmes, le footballeur Cristiano Ronaldo, des hépatites ou encore un célèbre dessin animé japonais. C'est ce qu'on appelle rater très large.
On imagine la scène dans le secret d'un bureau poussiéreux : un webmaster plein d'espoir, convaincu que pour attirer le chaland égaré sur les autoroutes du Web, il fallait absolument lier le destin spirituel de ses fichiers MP3 aux obsessions les plus inattendues de l'humanité. Pourquoi choisir une cible quand on peut aspirer l'intégralité du dictionnaire mondial dans une seule balise méta ? C'est une démarche presque attendrissante, témoin d'une époque où l'on croyait encore que les robots des moteurs de recherche étaient dotés d'une sensibilité artistique.
Le Courrier de l'Oignon salue bien bas cette performance de haute voltige informationnelle, où la foi la plus sincère vient se frotter aux abysses du spam lexical. C'est gratuit, c'est totalement légal, et cela nous rappelle fort opportunément que l'absurdité humaine n'a pas attendu le Web moderne pour s'épanouir en toute liberté. N'oublions pas d'écouter les fichiers, ou du moins d'admirer la liste des courses intellectuelles de Kaze Kate, qui restera à jamais gravée dans le grand disque dur de l'éternité.


