Quand le FBI jouait à l'agent secret dans la rubrique des petites annonces
Dans les années 1980, le FBI a tenté de recruter un espion en publiant des petites annonces codées dans la presse. Une méthode digne de la grande littérature d'espionnage.
À l'ère des messageries chiffrées et des serveurs obscurs, on aurait presque tendance à oublier que la haute voltige de l'espionnage s'est longtemps accommodée des méthodes les plus rustiques. Le Courrier de l'Oignon a fouillé dans les archives déclassifiées de la CIA pour exhumer une perle de la diplomatie souterraine : le jour où le vénérable Bureau fédéral d'investigation a passé des petites annonces pour fixer un rendez-vous galant à un suspect.
Tout commence en 1984, lorsqu'un mystérieux correspondant se manifestant sous le pseudonyme laconique de « RUS » propose de balancer un réseau d'espionnage en échange d'une immunité. Plutôt que de recourir à des méthodes modernes, les limiers du FBI décident de répondre à l'anonyme par la voie la plus publique qui soit : la rubrique des « personal items » d'un grand quotidien américain. Entre les annonces de vélos d'occasion et les recherches de colocataires, l'agence fédérale publie des messages cryptés aux allures de rendez-vous galants clandestins.
La lecture de ces archives nous apprend que l'État proposait ni plus ni moins de se retrouver à une intersection bien précise ou de financer des déplacements en Silicon Valley. Le bouquet final impliquait un agent agitant nonchalamment un journal de la main gauche sur un coin de rue pour prouver sa bonne foi. Malheureusement pour les amateurs de suspense, la romance administrative a tourné court : le mystérieux informateur a finalement jugé que l'idée manquait cruellement de charme et a décliné l'invitation.
Cette trouvaille historique nous rappelle avec une pointe d'ironie que la bureaucratie la plus sérieuse du monde sait parfois céder aux charmes du roman de gare. Nul besoin de pirater des serveurs quant on peut glisser ses secrets entre deux annonces de vente de caniche. Une époque bénie où les secrets d'État se négociaient au prix de la ligne dans le journal local.


