Quand le Hong Kong Telegraph cherchait une dactylo lettrée en 1938
Remontons en janvier 1938 grâce aux petites annonces poussiéreuses du Hong Kong Telegraph. Entre deux soubresauts géopolitiques mondiaux, le marché du travail local exigeait déjà une touche littéraire.

Ouvrir une archive de journal de l'entre-deux-guerres, c'est un peu accepter de se faire percuter par le grand écart de l'histoire. Le 4 janvier 1938, les lecteurs du vénérable « Hong Kong Telegraph » ouvraient leur édition quotidienne pour y découvrir les dernières nouvelles de la marche du monde, oscillant entre les tensions en Chine et les grands soubresauts diplomatiques européens. Mais au milieu de ces colonnes solennelles, le lecteur patient et un brin curieux pouvait aussi tomber sur le charme discret des petites annonces locales, témoin minuscule du quotidien colonial.
C'est ainsi qu'une offre d'emploi fort singulière retient notre attention ébahie. On y recherche activement une jeune fille chinoise, à temps partiel ou complet, pour un poste où l'expérience professionnelle antérieure semble curieusement optionnelle. La perle rare doit en revanche impérativement posséder des rudiments en dactylographie, maîtriser les subtilités des us et coutumes locaux, et surtout... manifester un intérêt prononcé pour le travail littéraire. Une exigence culturelle assez rafraîchissante pour un poste de bureau de l'époque, qui prouve qu'on pouvait fort bien rédiger des notes tout en rêvant de poésie.
L'annonce, dont la boîte postale anonyme invite à dissimuler toute tentative de candidature post-mortem, voisine avec des nouvelles bien moins légères, comme le changement de nom d'un navire à vapeur ou les péripéties de valeureux yoles revenus de voyage. Huit décennies plus tard, cette capsule temporelle nous rappelle que les employeurs d'autrefois cherchaient déjà des profils atypiques, capables d'aligner trois mots de dactylographie tout en vibrant pour les belles-lettres. Une époque formidable où l'on pouvait recruter sa future muse par entrefilet interposé.


