Quand le Mahabharata rencontre le divorce par e-mail sur Internet Archive
Entre épopée hindoue et rupture par courrier électronique, un film d'animation de 2008 s'offre une cure de jouvence sur les serveurs de l'Archive. Une tragicomédie animée qui traverse les âges avec un flegme remarquable.

Le Courrier de l'Oignon fouille parfois les recoins les plus inattendus du réseau pour dénicher des pépites capables de réconcilier les nostalgiques du Web d'antan et les amateurs d'épopées mythologiques. Cette semaine, notre curiosité a été piquée au vif par une page tout droit sortie de l'année 2008, hébergée sur l'incontournable Internet Archive, qui propose de redécouvrir le chef-d'œuvre animé « Sita Sings the Blues ». De quoi réjouir les amoureux de culture libre et les cinéphiles en quête d'originalité.
Le synopsis de cette œuvre oscille habilement entre le grand spectacle mystique et la chronique conjugale des temps modernes. D'un côté, nous suivons Sita, déesse indienne injustement séparée de son divin époux Rama. De l'autre, Nina, une animatrice dont le mari, fraîchement débarqué en Inde, décide de rompre par e-mail avec la délicatesse d'un parpaing. Pour lier ces deux drames séparés par quelques millénaires, trois marionnettes d'ombre au sarcasme affûté se chargent de narrer les péripéties, le tout rythmé par les mélodies jazz des années 1920 de la chanteuse Annette Hanshaw.
L'archive mise en ligne en mars 2009 ne fait pas les choses à moitié puisqu'elle met gracieusement à disposition des centaines de fichiers allant du simple format MP3 jusqu'aux images ISO de DVD, en passant par des flux haute définition. Avec près d'un million de vues au compteur, force est de constater que la plus grande rupture amoureuse jamais contée continue de séduire les foules anonymes du réseau. Une belle démonstration que le divertissement de qualité survit à toutes les migrations numériques.
Alors que les tendances actuelles nous poussent vers l'éphémère et le jetable, tomber sur une telle capsule temporelle a de quoi surprendre et amuser. Le mariage improbable entre la poésie des textes anciens et la brutalité d'une séparation moderne par messagerie électronique prouve que l'art sait parfois se montrer pince-sans-rire. Le Courrier de l'Oignon salue cette rescapée des formats vidéo d'une autre décennie et retourne explorer les méandres du Web à la recherche de nouvelles curiosités bien légales.


