Quand Pythagore rencontre la techno : la numérologie mise en musique
Une compilation musicale de 2005 dédiée aux chiffres explore les liens entre Pythagore, Kepler et les sons étranges. Quand les mathématiques deviennent un prétexte à l'avant-pop, l'Oignon tend l'oreille.

Au rayon des curiosités numériques que l'on croît réservées aux passionnés de mathématiques anciennes, le réseau Tor réserve parfois de surprenantes haltes auditives. C'est le cas de cette trouvaille exhumée des profondeurs d'Internet Archive, une vénérable compilation musicale de 2005 intitulée sobrement « Numerology ». Loin d'un obscur traité ésotérique, il s'agit d'un objet sonore publié à l'époque par le label WM Recordings, rassemblant pas moins d'une vingtaine de pistes explorant la mystique des chiffres avec un sérieux toute relative.
La description du projet ne fait pas les choses à moitié pour contextualiser cette obsession numérique. Citant allègrement l'encyclopédie Britannica, le texte rappelle comment la numérologie moderne associe des chiffres au nom d'un individu et à sa date de naissance pour percer sa véritable nature. On y convoque aussi Pythagore et ses disciples, convaincus que rien ne pouvait exister sans le nombre, allant jusqu'à suggérer que Johannes Kepler lui-même soupçonnait Dieu d'avoir laissé son numéro de téléphone dans le grand livre des cieux. Une belle manière de justifier une cascade de morceaux aux titres évocateurs.
Le catalogue des pistes a de quoi faire tourner la tête de n'importe quel comptable mélomane. On y croise des projets aux noms aussi énigmatiques que Stark Effect, Popeye Experience avec son angoissant « 23 is hunting me », ou encore Bud Melvin et sa démonstration implacable sur la formule « 1+1=1+1 ». Entre pop d'avant-garde, musique facile d'écoute un brin décalée et leçons de mathématiques captées sur ondes courtes, la compilation célèbre avec ironie cette manie humaine qui consiste à voir des structures secrètes partout.
Au bout du compte, cette archive ressuscitée nous rappelle que l'on peut disserter sur l'harmonie des sphères célestes tout en composant de la musique électronique un tantinet loufoque. Pas besoin de décoder le cosmos pour apprécier l'exercice : il suffit de se laisser porter par ces vingt variations sonores où les additions finissent toujours par donner le tournis. Le Courrier de l'Oignon salue cette tentative mélodieuse de donner des décibels à Pythagore.


