Un été de monologue nocturne : Frank Edward Nora et ses soixante-cinq heures d'archives libres
Entre juillet et septembre 2015, Frank Edward Nora a enregistré vingt-cinq épisodes de The Overnightscape, cumulant 65 heures 25 minutes d'improvisation radiophonique nocturne, désormais librement accessibles sur Internet Archive. Un corpus vérifiable, étrange et sans équivalent direct.

The Overnightscape Underground, dit ONSUG, est un réseau de podcasts indépendants fondé par Frank Edward Nora, animateur new-yorkais pratiquant la radio nocturne non formatée depuis le début des années 2000. La collection intitulée « The Overnightscape 15 » rassemble vingt-cinq épisodes enregistrés entre le 6 juillet et le 27 septembre 2015 — les numéros 1196 à 1220 de l'émission dans la numérotation continue du programme. Déposée sur Internet Archive en avril 2016, elle est distribuée sous licence Creative Commons Attribution-NonCommerciale-Sans dérivés 3.0 : librement accessible, écoutable et téléchargeable en MP3 ou OGG, à condition de ne pas en faire commerce ni de la remixer.
Les données brutes méritent qu'on s'y attarde un instant. Durée totale : 65 heures, 25 minutes et 41 secondes. Soit, pour fixer les idées, l'équivalent de presque trois jours d'écoute continue, ou d'une traversée de l'Atlantique en paquebot des années 1930 avec encore un peu de marge pour le petit-déjeuner. La piste la plus longue, « Highway 209 II », dure à elle seule 23 591 secondes — environ six heures et demie. Vient ensuite « This Circus Earth » avec 19 405 secondes, soit plus de cinq heures. Frank Edward Nora ne semble pas avoir considéré la durée comme une contrainte éditoriale pertinente, ni d'ailleurs comme un sujet de discussion.
Les titres des épisodes constituent en eux-mêmes un programme : « Cryptical Envelopment », « History of Dry Ice », « Balrog Nuke », « Night Pretzel Edit », « Son of Jackpots of Dust », « Cheveron Spaghetti », « Clock Flaw Fridge ». Certains sonnent comme des albums de jazz d'avant-garde, d'autres comme des notes de cuisine rédigées sous un décalage horaire sévère. Ces intitulés ne sont pas purement décoratifs : chaque épisode constitue un bloc thématique où Nora part d'un sujet — parfois documentable, parfois nettement moins — et improvise librement pendant des heures, en produisant ce que des notes de show accompagnent au format PDF sur la même archive.
Parmi les thèmes identifiés dans la description officielle de l'archive : l'histoire de la carboglace, le Cherry Hill Mall dans le New Jersey, une autoroute secrète, un complexe cinématographique souterrain, l'effet Mandela, les jeux de type roguelike, l'absinthe, les spectacles de marionnettes, Richard Nixon, les séries True Detective et Mr. Robot, et un projet de destruction nucléaire d'un Balrog — la créature de Tolkien, pas un programme balistique réel, précisons-le pour les lecteurs prudents. Le tout couvre environ dix semaines de la vie intérieure de Frank Edward Nora, sans filtre apparent ni ligne éditoriale autre que la curiosité.
Le format de The Overnightscape relève de ce qu'on appelle la « freeform night radio » : pas d'invités réguliers, pas de structure préétablie, juste un homme, un micro, et l'intention déclarée de ne ressembler à rien d'autre. Nora enregistre dans la nuit, parfois en marchant ou en conduisant, et la présence de sons ambiants — rues new-yorkaises, centres commerciaux, gares — est pleinement assumée comme partie du dispositif. L'épisode « Walk Around Times Square » est à ce titre assez littéral dans son ambition géographique et acoustique.
Le site archive.org comptabilisait plus de 1 000 consultations au moment où cette archive a été indexée, ce qui atteste d'une audience réelle, si confidentielle soit-elle. The Overnightscape existe selon les données du réseau ONSUG depuis 2003, et Nora a produit plusieurs milliers d'épisodes depuis lors. La collection n°15 est donc un fragment d'un corpus considérablement plus vaste — ce qui soulève la question de savoir combien d'heures au total représente l'intégralité de l'œuvre, une donnée que personne ne semble avoir calculée ni publiée.
Ce que l'archive ne dit pas : combien d'auditeurs ont effectivement écouté les soixante-cinq heures d'une seule traite, si « Highway 209 II » tient ses promesses routières sur la durée, et ce qu'il est finalement advenu du projet de destruction du Balrog. La collection reste disponible en téléchargement libre, par épisodes individuels, ce qui permet de satisfaire la curiosité sans engager l'intégralité d'une semaine — ni davantage.


