Sonnons le glas : quand le papier glacé s'expatrie sur Tor pour ressasser ses automnes 2021
Replongez dans les heures sombres de l'automne 2021 avec ce fanzine conspirationniste qui a décidé de s'abriter sur le réseau Tor pour échapper à la censure. Une délicieuse capsule temporelle aux accents mélodramatiques et révolutionnaires.

Ah, l'automne 2021 ! Cette époque bénie où les rues résonnaient encore de slogans indignés, où les manifestations hebdomadaires rythmaient les samedis des Français et où certains voyaient dans le moindre passe sanitaire le début d'une dictature galactique. C’est précisément cette frénésie contestataire que capture, avec un sens dramatique frôlant le grand guignol, la vénérable publication que nous découvrons aujourd'hui dans les catacombes d'oignon. Intitulée poétiquement « Le Glasen », cette gazette s'est donnée pour noble mission de sonner le glas de la soumission, rien que ça.
En fouinant dans les archives de ce périodique stocké bien au chaud sur le réseau Tor, on découvre une suite de numéros datés de septembre et octobre 2021. La rédaction y dresse le portrait d'une humanité au bord du gouffre, partagée entre l'Australie qui « saigne », l'Europe qui « hurle » et une jeunesse en pleine « disette intellectuelle ». Le tout est rédigé avec une ferveur lyrique qui n'est pas sans rappeler les grands discours de tribun, invoquant Thoreau, Gandhi et Mandela pour justifier un ras-le-marche administrative. On y croise des analyses géopolitiques sentencieuses, des appels à la résistance non-violente et cette promesse éternelle de résister à la censure par l'usage judicieux de formats PDF, EPUB et HTML.
Ce qui charme le journaliste fatigué que nous sommes, c'est cette volonté farouche de bâtir une forteresse numérique imprenable pour abriter des textes que personne ne cherchait vraiment à interdire avec autant de zèle. Le site propose ainsi de télécharger ses volumes avec des sommes de contrôle et des signatures électroniques, question de garantir l'authenticité de la contestation, au cas où un hacker mal intentionné viendrait falsifier un paragraphe sur la détresse des enfants scolarisés en zone masquée. C'est du sérieux, du très lourd, du projet plus ambitieux que nécessaire.
Aujourd'hui, faire défiler ces pages jaunies par les algorithmes de 2021 procure un étrange vertige nostalgique. On sourit devant tant de sueur littéraire et de pathos numérique, tout en admirant la constance de ces irréductibles qui voyaient dans un lien onion le dernier rempart de la démocratie universelle. Une pièce de musée du web alternatif à savourer avec un thé bien chaud, en se remémorant le temps béni où l'on pouvait sauver le monde entre deux téléchargements de livres électroniques.


