Gogol s'invite dans la cave victorienne de l'Internet Archive
Le Journal de l'Oignon a croisé la route d'une archive bien calée dans la grande bibliothèque numérique mondiale. Nikolaï Vassilievitch Gogol y côtoie une liste de mots-clés aussi vaste que confuse.

Parfois, le réseau Tor mène à des endroits étrangement normaux, comme une antichambre où les serveurs géants de l'Internet Archive ronronnent paisiblement. Cette fois, c'est le recueil de nouvelles « Diary Of A Madman And Other Stories » de l'écrivain Nikolaï Gogol qui nous fait de l'œil, hébergé bien au chaud dans la collection baptisée « Victorian Vault ». Une aubaine pour les amateurs de littérature du XIXe siècle un tantinet égarés dans les profondeurs du web.
La notice bibliographique nous apprend avec force détails que l'auteur, né en 1809, est un écrivain d'origine ukrainienne ayant écrit en russe. Jusqu'ici, rien que de très classique pour les manuels scolaires. Ce qui devient nettement plus réjouissant, c'est l'impressionnante collection de métadonnées et de sujets associés par les bons soins de la communauté. Entre deux mentions de la littérature russe et de la période victorienne, le système nous emmène en balade vers le Livre de Mormon, le Far West, les expéditions arctiques de Franklin, ou encore de mystérieux hommes des montagnes.
On saluera la flexibilité encyclopédique de cette page qui parvient à lier le réalisme satirique de Gogol à des guerres napoléoniennes, à la guerre de Sécession et à des récits de fantômes. C'est un véritable festival de concepts empilés sans autre forme de procès, prouvant que les algorithmes de classification ont parfois autant de cohérence qu'un chat jouant au peloton de laine. Heureusement, le texte principal reste accessible pour quiconque souhaite lire les mésaventures tragi-comiques de fonctionnaires russes un peu trop portés sur la folie.
Inutile donc de chercher midi à quatorze heures ou de décoder un complot mondial : il s'agit simplement d'un livre numérique bien installé dans sa capsule temporelle. Le Courrier de l'Oignon salue cette jolie trouvauté textuelle qui nous rappelle que les serveurs cachent parfois de grands classiques entre deux fichiers de jeux MS-DOS et des enregistrements de cylindres phonographiques.


