Le manuel de Donjons & Dragons qui a invoqué les foudres des avocats de Cthulhu
Le Courrier de l'Oignon feuillette la première édition légendaire de Deities & Demigods, un manuel de jeu de rôle culte vite amputé. Quand les dieux grecs devaient cohabiter avec des horreurs cosmiques sans contrat de cession.

Amis rôlistes et collectionneurs de vieux grimoires en papier mâché, réjouissez-vous ! Le réseau Tor nous réserve parfois de jolies capsules temporelles, comme cette première impression de l'ouvrage « Deities & Demigods » publié par TSR en 1980. Retrouvé bien au chaud dans les vastes archives numériques du web, ce manuel de référence pour jeux de rôle sur table promettait de mettre un peu d'ordre dans le panthéon universel. Entre deux prières adressées à Zeus, Odin ou Râ, le joueur moyen pouvait ainsi croiser le Grand Cthulhu en personne, ainsi que les divinités issues de la série d'Elric de Melniboné signée Michael Moorcock. Une riche idée sur le papier, mais nettement moins réjouissante pour les services juridiques de l'époque.
Car la grande particularité de cette mouture originelle, c'est précisément d'avoir brièvement abrité des entités cosmiques qui n'avaient visiblement rien demandé à personne, ou du moins pas avec les bons formulaires. Face aux subtilités des droits d'auteur concernant les Grands Anciens et la fantasy mélnibonéenne, les sections en question ont rapidement disparu des rééditions ultérieures du livre. Résultat des courses : cette édition précise est devenue un véritable graal pour collectionneurs nostalgiques, prêts à tout pour admirer des statistiques de combat attribuées à des horreurs indicibles incapables de mourir d'un simple coup d'épée magique +2.
Le document numérisé nous offre donc le plaisir rare de contempler ces pages maîtresses sans avoir à hypothéquer un rein sur le marché de l'occasion. On y découvre avec amusement comment les concepteurs de l'époque s'activaient pour attribuer des points de vie et des classes d'armure à des concepts métaphysiques insondables. Une lecture idéale pour comprendre que le chaos régnait déjà dans le jeu de rôle bien avant l'invention des dés à cent faces et des connexions chiffrées.


