Pourquoi Civilization IV reste indétrônable selon un puriste du web sombre
Un passionné de stratégie livre une analyse implacable et nostalgique sur les erreurs des récents Civilization. Entre regrets des piles d'unités et haine de l'ergonomie tactile, le combat stratégique n'a jamais été aussi littéraire.

Au détour d'un recoin insoupçonné du réseau Tor, loin des bruits de bottes et des trafics en tous genres, se cache un sanctuaire d'une radicalité inouïe : un blog de passionné entièrement consacré à l'art délicat du jeu de stratégie au tour par tour. L'auteur, manifestement échaudé par la sortie des derniers opus de la célèbre franchise Civilization, y va de sa longue diatribe pour réhabiliter le vénérable quatrième épisode, qu'il érige au rang indépassable de chef-d'œuvre absolu de la civilisation numérique. Selon ses dires, le basculement vers des interfaces épurées et des déplacements tactiques individualisés aurait irrémédiablement perverti l'esprit originel du jeu 4X.
Le cœur du grief repose sur un concept géopolitique virtuel : la suppression des fameuses piles d'unités, ces monceaux de soldats s'entassant joyeusement sur une seule et même case. En obligeant les joueurs à disperser leurs troupes avec l'arrivée du cinquième volet, la série aurait troqué la grande macro-décision géopolitique contre de la micro-gestion tatillonne. Notre analyste soutient mordicus que le dirigeant d'une grande nation n'a pas à s'embêter à savoir quel lancier fait ses lacets dans telle clairière, mais doit plutôt contempler la carte du monde d'un air absent tout en réclamant davantage de blé et de science à ses sujets dévoués.
Mais le véritable clou du spectacle, c'est l'amour immodéré que porte ce chroniqueur solitaire à l'interface utilisateur de 2005. Dense, bourrée de menus textuels et parfaitement hermétique aux néophytes, elle est louée pour sa rapidité et son refus total de céder aux sirènes des tablettes tactiles ou du design moderne. L'argument est implacable : puisque les jeux actuels doivent tourner sur des plateformes conçues pour promener des doigts boudinés, les joueurs sur ordinateur écopent d'interfaces aérées où l'information se cache honteusement dans des sous-menus.
On applaudit des deux mains cette résistance acharnée contre le progrès ergonomique. Pendant que le reste du web s'étripe sur des sujets futiles, ce bastion du rétro-gaming continue de philosopher sur la pertinence d'une IA agressive et le bon vieux temps des empereurs virtuels qui boudent parce qu'on s'est installé un peu trop près de leurs frontières. De quoi donner envie de réinstaller un vieux cédérom poussiéreux, à condition de retrouver un lecteur compatible.

